COUP FRANC: Ambroise Oyongo : travail et abnégation

Arrivé à New York quelques semaines avant le début de la saison, Ambroise Oyongo a effectué ses débuts en équipe première le 27 juin dernier, cinq jours après avoir fêté ses 23 ans. Depuis lors, l’arrière gauche n’a raté que quatre minutes en raison d’un remplacement en fin de match. Même le retour du titulaire du poste, Roy Miller, ne l’a pas délogé du terrain : Mike Petke préfère réorganiser son onze afin de faire jouer son jeune talent camerounais.

« Quand je ne jouais pas, j’ai gardé un bon état d’esprit et travaillé pour attendre ma chance et la saisir, explique Oyongo. Je suis fier d’avoir pu jouer un match, j’en remercie le Seigneur. Avoir réussi à garder ma place m’encourage à aller chercher plus loin, à travailler encore. »

Travailler : quand on parle de son métier avec ce jeune lion indomptable, il est difficile de compter le nombre de fois qu’il répète ce verbe, sous toutes ses déclinaisons possibles. On ressent aussi un grand sens de l’abnégation. On en a un bel exemple ces dernières semaines : si son poste de prédilection est celui d’arrière gauche, il ne rechigne pas à jouer dans l’entrejeu à la demande de son entraîneur. « S’il souhaite me faire jouer avant-centre, je vais le faire. D’ailleurs, lors d’un match de l’équipe réserve, on s’est retrouvé sans gardien et j’ai pris place dans le but. Il faut savoir se rabaisser, sinon ce sont les autres qui vont vous rabaisser. Ça va vous permettre de progresser. Je donne toujours le meilleur de moi-même. Toujours. »

Cette envie d’être sur le terrain s’explique facilement par son état d’esprit. « Quand vous êtes jeune, il faut tout donner, être ouvert à tout ce qu’on vous dit, peu importe ce que c’est. Le football est un jeu, alors l’essentiel, c’est de jouer et de prendre du plaisir. »

Tout en donnant satisfaction à l’entraîneur, bien entendu. Pour cela, Oyongo peut compter sur ses qualités… même quand il est dans un mauvais jour. « Mes forces sont ma vitesse, ma qualité de centre et ma technique. J’aime aller face au jeu, dribbler et centrer. Quand je suis bien - ce qui est souvent le cas -, j’exploite ma technique, mais quand je suis moins bien, je parviens malgré tout à montrer mes qualités pour quand même arriver à aider l’équipe. »

Le défenseur est également conscient de ses points faibles, qu’il cherche à bonifier… tout autant que ses forces. « Je dois améliorer ma vision du jeu et je la travaille. Surtout quand je suis plus avancé dans le jeu, ce qui arrive souvent ces derniers temps, je dois travailler mon jeu en un temps et mon contrôle de balle. Je me sens plus à l’aise de jouer derrière, avec le jeu devant moi. Mais même dans les domaines où ça va bien, il faut toujours travailler, chercher tous les jours à être meilleur. Sinon, des grands joueurs comme Thierry Henry ou Lionel Messi n’auraient plus besoin de s’entraîner ! On apprend tous les jours, dans tous les domaines. »

Déjà au Cameroun, il affichait cette même mentalité, et cela a porté fruit. Ambroise Oyongo a vu le jour à 200 kilomètres de la capitale Yaoundé, plus précisément à Ndikiniméki, lieu d’affectation de son père, gardien de prison. C’est à Moussango, club de ses débuts évoluant en D3 camerounaise et situé à Yaoundé, que sa carrière s’est accélérée alors qu’il était sélectionné en équipe nationale juniors. « Elle jouait un tournoi de qualification à Garoua, dans le stade de Coton Sport, club dont les dirigeants ont vu en moi un jeune prometteur pour le futur. Le président m’a engagé pour commencer en équipe juniors, mais l’entraîneur n’était pas là et il m’a ensuite fait passer des tests pendant une semaine. À la fin, après un match amical, on m’a proposé un contrat de trois ans. » Après en avoir parlé à sa famille, notamment à son grand frère qui s’occupait de tout pour lui à l’époque, il s’engageait pour le club situé à l’autre bout du Cameroun, à plus de 1000 kilomètres de chez lui.

Et là, se produit un scénario avec lequel ceux qui ne suivent sa carrière que depuis son arrivée en MLS sont déjà quelque peu familiers. « Je me suis vite retrouvé en équipe première où l’arrière gauche était… le capitaine. Je me suis donné à fond et j’ai finalement joué toute la saison comme arrière droit, sauf quand il n’était pas là. Cela a continué lors de ma deuxième saison. Le capitaine est parti et lors de la troisième, je me suis retrouvé titulaire au poste d’arrière gauche. » Là, ce n’était plus en D3 mais avec un club de l’élite camerounaise, régulièrement champion ces dernières années.

Oyongo a consolidé sa place en équipe nationale juniors, a disputé la Coupe du monde de cette catégorie d’âge en 2011 et a été appelé en équipe nationale A. Avec Coton Sport, il disputait la Ligue des champions africaine. En 2013, les Camerounais ont atteint les demi-finales, jouées en octobre dernier. Ils s'y sont inclinés aux tirs au but contre le puissant club égyptien d’Al Ahly, futur vainqueur de la compétition. « Mais c’est là que j’ai été repéré. Ils ont fait appel à mon agent », explique Oyongo quand on lui demande comment on passe directement du championnat du Cameroun à la MLS.

Une transition directe assez rare et qui, de prime abord, peut paraître abrupte mais qui ne modérait en rien l’enthousiasme du principal intéressé. Que du contraire ! « Dans l’avion, j’étais fier de moi. En plus, j’allais en MLS, un championnat qui est en train de grandir, et dans un grand club, New York. J’avais hâte d’arriver. J’aurais voulu que le vol ne dure qu’une heure et quart tellement j’étais excité. Et j’ai découvert une nouvelle vie. Je suis arrivé dans l’inconnu. Mais j’avais un compatriote camerounais dans l’équipe, Marius Obekop, avec qui je parlais déjà avant de venir et à qui j’ai pu demander comment ça se passait. »

Personne ne sera surpris des premiers verbes utilisés par Oyongo quand il nous parle de ses premiers mois en MLS. « J’ai beaucoup appris tactiquement et travaillé mentalement. J’étais le meilleur arrière gauche en quittant le Cameroun, et ici j’ai dû me rabaisser car en MLS, j’ai trouvé plus fort que moi. La MLS, c’est très professionnel, et il y a les exigences qui vont avec. On bénéficie de bon repos, d’une bonne nutrition, on est à l’abri de ce qui est mauvais. La très grande différence avec le Cameroun, c’est qu’il faut faire attention à ne pas faire de trucs inutiles. Au Cameroun, tu peux t’amuser avec n’importe qui, tu peux quasiment amener ton frère s’entraîner avec l’équipe, on t’excuse facilement si tu t’écartes des règles. Ici, il faut les respecter, sinon tu te fais prendre, ce qui n’est pas bon pour toi et pour ton avenir. »

Sur le terrain, ce n’est pas pareil non plus. « La MLS, c’est bon tactiquement et techniquement, les infrastructures sont parfaites pour s’améliorer et grandir. La plus grosse différence avec le Cameroun est la vitesse d’exécution. Et si tu n’es pas prêt tactiquement, tu te fais bouffer ! Il y a aussi beaucoup d’enjeu, il faut tout donner. Au Cameroun, on recherche avant tout les trois points, peu importe la manière dont on marque. Mais à la fin, c’est le même ballon et les mêmes terrains… enfin, ils sont de la même taille. »

S’il préfère la qualité des infrastructures américaines, Oyongo a évidemment, comme tout expatrié, laissé au pays des gens et des choses auxquelles il tient. « Ma famille, mes amis et la nourriture me manquent. Mais j’ai choisi d’aller ailleurs. Il ne faut pas penser à ces manquements. Après la saison, je pourrai aller au pays et savourer ces plats. »

Il y rencontrera certainement aussi des joueurs intéressés à jouer en MLS. Quels conseils va-t-il leur donner ? « Il faut travailler, se donner à fond. Ça ne va pas arriver comme ça quand tu te lèves un matin. Tu dois faire parler de toi, être le meilleur pour qu’on aille te chercher. » Le message est clair et traduit parfaitement sa mentalité. « La distance rend difficile d’aller superviser les joueurs en Afrique, tempère ensuite Oyongo. Être plus rapproché de l’Amérique, comme en Europe, aide. Mais si tu travailles, ton CV va arriver aux États-Unis car tu es le meilleur buteur ou le meilleur joueur, et là on viendra te chercher, peu importe où tu es. Ce sera alors à toi de saisir ta chance. »

Le joueur qui compte une sélection en équipe nationale camerounaise évoque la distance, mais il ne craint pas que celle-ci joue contre lui pour la suite de sa carrière avec les Lions indomptables, dont beaucoup de joueurs évoluent en Europe. « Quand je ne jouais pas, je me disais que je devais jouer. Mais une fois sur le terrain, tu as de la visibilité. Les gens suivent les matches en Afrique - pas en direct, à cause du décalage horaire -, et parlent de la MLS. Alors si tu joues, on te voit : un Camerounais qui joue dans son club et qui est bon, on viendra le chercher. »

En attendant sa prochaine convocation, Oyongo se concentre sur sa saison à New York. Le détenteur du Supporters Shield alterne les hauts et les bas : comment un nouveau venu ressent-il cela dans le groupe ? « Je n’étais pas là l’année dernière, mais l’ambiance est restée la même - toujours bonne - depuis mon arrivée, avant le début de la saison. C’est le football : la bataille est rude, les équipes évoluent et être premier ne donne pas la garantie de le rester. Nous avons la tête à la qualification pour les play-offs et là, pourquoi ne pas les gagner ? Quant à la Ligue des champions… Rien n’est à sous-estimer, sinon autant ne pas jouer ! Toutes les compétitions sont à prendre au sérieux, et il faut tout donner. »

Il va sans dire qu’après avoir atteint avec bonheur les demi-finales de l’édition africaine avec Coton Sport il y a quelques moins, Oyongo aimerait récidiver pour sa première saison de l’autre côté de l’Atlantique.